Ambassade des Pays-Bas à Paris, France

L'hymne national des Pays-Bas

Le Wilhelmus est l’hymne national néerlandais depuis 1932. Cet acrostiche dédié à Guillaume d’Orange est composé de quinze huitains, dont on chante généralement le premier et le sixième dans les cérémonies officielles. Dans le premier, le prince d’Orange affirme sa fidélité indéfectible à sa patrie, et dans le sixième, il prie Dieu de lui donner la force nécessaire pour chasser la tyrannie. Ces strophes ont toujours particulièrement ému le peuple néerlandais en période d’oppression et de guerre.

Histoire
Datant de la fin du XVIe siècle, le Wilhelmus est considéré comme le plus ancien hymne national au monde. Inspiré par des chants plus anciens, il a été composé entre 1569 et 1572 alors que le God save the Queen anglais et la Marseillaise française sont beaucoup plus récents – respectivement de 1745 et de 1792. Selon toute probabilité, le texte original fut écrit par un proscrit exilé en Allemagne, et c’est le poète et diplomate flamand Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde qui lui donna sa forme définitive.

Dès le XVIe siècle, le Wilhelmus est souvent exécuté lors de cérémonies officielles ou d’événements importants. Il devient l’hymne national officiel des Pays-Bas en vertu d’un décret royal du 10 mai 1932.

Origine
Ayant fui les Pays-Bas en 1567 en compagnie de milliers d’opposants à la domination espagnole, le prince Guillaume d’Orange tente en vain de libérer son pays de la tyrannie et des persécutions religieuses. Trois tentatives d’invasion, lancées avec l’aide de mercenaires à partir du Saint-Empire romain germanique, échouent.

Dans son chant, l’auteur du Wilhelmus apporte un soutien moral à Guillaume d’Orange, mais son texte est aussi un manifeste destiné à gagner la sympathie des souverains germaniques pour ce prince qui lutte pour la liberté religieuse non comme un vassal, mais d’égal à égal contre le roi Philippe II d’Espagne.

Dans le Wilhelmus, le prince d’Orange s’adresse au peuple néerlandais opprimé. Il affirme sa loyauté et sa détermination et expose les raisons de son opposition au roi d’Espagne.

Il réconforte ses partisans, tout en les appelant à la lutte et en les exhortant à obéir à Dieu. Le poète compare Guillaume d’Orange à David, qui dut fuir Saül, le premier roi d’Israël, avant de monter lui-même sur le trône. Il le recommande au peuple comme le chef désigné de la lutte contre Philippe II.

Mélodie et composition
L’air du Wilhelmus s’inspire d’une chanson de soldats populaire en France vers 1569. La mélodie en a été reprise par le compositeur Adriaen Valerius (1575 1625 env.). C’est l’arrangement réalisé en 1932 par Walther Boer qui est aujourd’hui la version officielle de l’hymne.

Le Wilhelmus est composé dans le style des rhétoriqueurs du XVIe siècle, comme en témoigne l’utilisation de l’acrostiche : les initiales de chacune des 15 strophes forment le nom de Guillaume de Nassau (Willem van Nassov, en ancien néerlandais). De plus, la composition s’appuie sur l’unité thématique entre des strophes symétriques (1 et 15, 2 et 14, 3 et 13, etc.) convergeant vers la huitième strophe qui constitue le cœur du poème : « David dut fuir la haine de Saül, le tyran. »

Texte du Wilhelmus

Guillaume je m’appelle,
Nassau des Pays-Bas,
À la patrie fidèle
Toujours, jusqu’au trépas :
Je suis Prince d’Orange
Et reste franc sans peur :
Du Souverain d’Espagne
J’ai maintenu l’honneur.

Je crains mon Dieu, mon Maître ;
L’ayant toujours servi,
Je fus chassé pour être
Sans peuple, sans pays.
Mais le Seigneur me traite
Comme un bon instrument ;
J’attends qu’il me remette
Dans mon gouvernement.

L’épreuve vous oppresse,
Mes bons sujets tout francs ;
Mais Dieu ne vous délaisse
Jamais dans vos tourments.
Qui de l’aimer s’efforce,
L’invoque nuit et jour,
Afin que j’aie la force
De vous porter secours.

Les biens, la vie entière,
Pour vous j’ai tout risqué ;
Mes très illustres frères
Pour vous ont tout quitté ;
Adolphe offrit sa vie
En Frise, au champ fameux ;
Son âme, en la patrie,
Attend le jour de Dieu.

Au Chef du Saint Empire
Je dois naissance et rang,
D’un Prince ayant le titre.
Comme un chrétien fervent,
Pour la parole sainte
J’ai intrépidement,
Tel un héros sans crainte,
Risqué mon noble sang.

Ma force, ma défense,
Seigneur, est dans ton bras ;
En Toi j’ai confiance,
Ne m’abandonne pas.
Fais moi, toute ma vie,
Rester ton serviteur,
Chasser la tyrannie,
Qui m’a percé le cœur.

Emporte tous les pièges
Mon Dieu, garde et protège
Ton digne serviteur.
Que nul jamais n’atteigne
Ses criminelles fins,
Que nul jamais ne baigne
Dans son sang pur les mains.

David dut fuir la haine
De Saül, le tyran.
J’ai dû gémir en peine
Avec maint noble et grand.
Mais Dieu fit sa victoire,
De tous maux le sauva ;
Au trône de la gloire
Israël l’éleva.

Enfin, l’épreuve amère
Fondra dans la douceur,
Qu’un noble Prince espère
De Dieu, son vrai Seigneur.
Puissé-je voir ma vie
Finir au champ d’honneur,
Toujours dans la patrie
Être un héros vainqueur.

Non, rien ne m’est contraire,
Dans mes malheurs et croix,
Autant que la misère
Des bons Pays du Roi.
Les Espagnols t’oppressent,
Ô noble et doux pays.
Ces souvenirs me laissent
Le cœur saignant, meurtri.

Ardents sur nos montures,
Beau prince et grands soldats,
Du fier tyran parjure
Nous voulions le combat.
Mais sous Maestricht l’alarme
Le retenait au camp.
Mes cavaliers en armes
Hardis foulaient ces champs.

Si Dieu puissant et sage
L’avait alors voulu,
J’aurais chassé l’orage
Qui vous tient abattus ;
Mais le Seigneur céleste,
Qui tout règle et conduit,
Qu’il faut bénir sans cesse,
Lors ne l’a point permis.

Si chrétienne et vaillante
Fut ma princière ardeur,
Qu’elle est restée constante
Malgré tous les malheurs.
Je prie avec instance
Mon Dieu, d’un cœur aimant,
Qu’il prenne ma défense,
Me proclame innocent.

Adieu, troupeau que j’aime,
Adieu pauvre oppressé.
Mais ton pasteur quand même
Te garde, dispersé.
À Dieu je te confie ;
Écoute ton Sauveur ;
Chrétienne soit ta vie ;
Bientôt ici tout meurt.

Voici que je proclame
Devant le Dieu puissant ;
Je n’ai honni dans l’âme
Le Roi un seul instant.
Mais au Seigneur, mon Maître,
Suprême Majesté,
J’ai bien dû me soumettre ;
Justice m’a guidé.